Londres la grande se lamente dans un cri de douleur mais je vais la purifier en éliminant les basses classes, ces symboles de déchéance et de corruption.


[Forum RPG NC-16 inspiré de la série God Child de Kaori Yuki]

 
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 -What a fine night...- (Underseer)

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Cat from Japan
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Cat from Japan

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MessageSujet: -What a fine night...- (Underseer)   Dim 12 Déc - 18:35

Trois heures du matin, peut-être un peu plus, une silhouette surmontée d’un haut de forme laissait refléter les flammes des cierges dans ses yeux pales avec un calme imperturbable.
Non Stardust n’était pas croyant, oui il avait poussé le blasphème jusqu’à entrer dans ce lieu sacré sans ôter son chapeau ou bien mimer un quelconque signe de croix. Quelle importance ?

La lune était pleine et d’une intensité hors norme, ses rayons filtraient la surface colorée du verre teinté des vitraux religieux et apportaient une multitude chromatique des plus élaborées. Le spectacle en était magnifique. Solitude, rien de plus salvateur que cela, Ziggy portait tout de même sa guitare à son dos, seule chose capable de l’apaiser promptement. Le jeune homme n’était étrangement pas sur les toits, tout sauf d’humeur à supporter les sarcasmes d’un certain volatile.

Se soucier d’autrui ne l’intéressait pas, Ziggy plongeait lentement dans l’abîme de l’indifférence. Il n’avait pas eu le moindre malaise à violer la conscience, mentir et pousser à bout un pauvre gars qui n’avait rien demandé ou presque et s’en fichait intégralement, on aurait même pu dire qu’il y avait prit un plaisir fou. La bassesse humaine le navrait, il n’y avait rien a ajouter, surtout pas cela :


«-Tu vaux pas mieux qu’Alexis. »

Connard… Au moins le musicien savait qu’avec ce qu’il lui avait dit, il l’avait intensément fait souffrir mentalement, ce type au corps de gosse, c’était tout ce qui lui importait et vu dans l’état de dégradation dans lequel le gars se trouvait, il était fort possible que sa chair empoisonne déjà le poissons de la Tamise. Pauvres bêtes… Si avec ça ils ne mutent pas, Darwin c’était bien planté dans sa théorie d’évolution.
Enfin faisons abstraction de tout cela, les imbéciles même pas heureux seraient toujours sur terre pour encore quelques siècles, on ne pouvait pas vraiment lutter contre ça, il fallait passer tout simplement outre.


L’héritier avait retrouvé les vêtements de sa classe sociale, cette fois d’un bleu si sombre qu’il tirait aisément sur le noir. L’excentricité ne serait pas pour tout de suite, son humeur était des plus exécrables depuis l’automne. Il alluma rapidement un cierge avec détachement, juste pour le plaisir de le voir se consumer avec une lenteur extrême, un mauvais sourire sur ses lèvres. Une idée lui avait germé dans l’esprit pour les prochaines heures à venir oû il devrait supporter de nouveau ses confrères d’aristocratie… Cela allait être épique.

Il observa la cire d’abeille fondre peu à peu. L’abbaye était vide, le clergé endormit. Quel dommage ! Une confession en bonne et due forme aurait put être des plus cocasses… Le musicien se rapprocha prêt de l’autel, glissant ses doigts dégantés sur le velours pourpre qui enveloppait ce lieu. Il inspecta avec minutie chaque détail des lourds objets servant à l’office avant de lancer un regard de défi à un imposant ouvrage ciselé d’or, le Nouveau Testament.
Etait-il un démon aux yeux des fidèles ?

Au moins un être contre-nature, un revenant ou autre imbécillité du lot. Cela prêtait à rire n’est t-il pas ? La coupe était pleine d’un liquide bordeaux, sans doute déjà préparée avec soin pour la messe matinale. Ziggy avala le quart du vin, souillant ainsi le corps du Christ avant de reposer l’objet doré avec un air satisfait. Eh bien, c’était tout sauf de la piquette, les religieux ne s’embêtaient pas.
Il pivota vers la gauche, s’approchant de l’orgue. En jouer ferait peut-être un peu désordre, et puis il n’avait pas besoin de ça, il avait Ashes. Le jeune homme ne tarda pas à s’asseoir sur l’un des épais bancs de bois, au premier rang, débutant quelques accords de guitare avec minutie.


Bientôt, il n’apportait plus aucune importance a ce qui l’entourait, les yeux fermés. Il fredonna un peu quelques paroles improvisées et inhabituelles, par automatisme.
Tout pouvait bien s’écrouler cela ne le concernait plus. Il avait eut la faiblesse de faire monter la rage chez quelqu’un dans le but de se faire tuer, cela ne c’était pas passé de la sorte. Tant mieux ou tant pis Ziggy ne savait pas vraiment. Il fallait continuer, poursuivre, se relever, comme d’habitude. Mécanique emballée…Un bruit sourd se fit entendre.
Quelqu’un ? Rongée par la paranoïa le guitariste ne sortait désormais plus sans son pistolet. Il tourna machinalement la tête vers l’arrière, prêt à tirer si besoin est.
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MessageSujet: Re: -What a fine night...- (Underseer)   Jeu 23 Déc - 22:48

Lune d’argent, comment berces-tu tes enfants ?

Je ne saurais évaluer le temps passé à mirer le pale reflet de ma sainte déesse en les eaux tourmentées de la Tamise. Appuyé contre la balustrade du pont de Westminster, tournant le dos à toute vie, je me plais à passer cette nuit à ses côtés. Ne sachant comment rompre cet infâme quotidien, je me suis, docilement, laissé porter le long de ces pavés humides, songeant à ce dont j’aurais préféré oublier lors de ma fuite. La fuite de mon enfer, de mon identité, de mon cœur et celle de ces maudites hallucinations. Pourtant, certains soirs, lorsque le ciel se réduit à une large étendue noirâtre dépourvue de toute lueur, je ne sais empêcher à ceux qui furent mes démons de ressurgir sous un nouvel avatar. Celui de mes craintes… Peut-être ne reste-t-il que cela d’humain sous cette coquille raccommodée ? Mes peurs et le brin d’espérance qui continue à animer mon essence violée. Alors que je m’exerce à établir une description concise de mon « non-être », je sens la lune bien étrange. Gardant les paupières closes, je l’imagine gorgée de sang, rousse et porteuse d’un message. Mes lèvres s’entrouvrent, me laissant prononcer de ma voix étouffée mon ode à la lune.


Lune endormie, gardienne des rêves…

« Mon père… »

La voix hésitante d’une femme me tire de mes songes sélénites, ce n’est pas la première fois que l’on me prend pour un ecclésiastique. Ma tenue peu ordinaire doit y être pour quelque chose. Cette longue tunique sombre et théâtrale, cachant la moindre parcelle de ma peau, peut aisément se confondre avec la robe d’un prêtre. Quelle ironie que la rencontre d’un homme d’église penché au dessus d’une étendue d’eau glacée. Cette simple pensée suffit à étirer mes lèvres desséchées. Se retrouver vacillant dangereusement au bord du Styx, voici l’apogée de l’amour de Dieu. Surtout lorsque le visage de l’être considéré comme divin en cette sainte ville reste gravé au devant de tous souvenirs. Un Dieu autoproclamé, trônant sur une montagne de viscères fraichement extirpées de corps gouteux. De telles considérations m’amèneraient à me hisser au rang d’ange. Un ange amputé de toute plume, aussi pourri que son créateur. Pathétique.
Je me retourne alors, baignant dans la plus pure des lueurs. Mon visage lisse et glacé se dévoile peu à peu au regard me faisant face. Mon faciès d’argent reçoit comme seul salut un cri bref et strident de femme terrifiée, le cœur s’emballant devant l’effrayante vérité que je représente. Je romps tous vos mythes, n’est ce pas ? Pauvre chose ignorante, je vous sommerai de plonger sans perdre plus de temps afin d’échapper à la fin de ce monde. Ne sentez-vous pas les ailes de la mort se refermer sur cette ville ? Si vous preniez le temps d’écouter la lune, elle vous le soufflerait.
Resté jusque là immobile et silencieux, je lève la tête vers ma sainte déesse en laquelle aucune interrogation ne reste sans réponse. D’un mouvement lent, je dévoile une seconde fois mon regard aveugle à cette dame restée tétanisée.


« Repens-toi ma fille »

Ma voix lourde et solennelle, sortie du plus profond de mes entrailles, provoque toujours la stupéfaction. Suite à mes dires, je perçois sans peine l’effarement de cette lady peut être bien moins dévote que je ne le crois. Sentant son gandin s’agiter, je disparais finalement dans l’ombre et la puanteur de cette ville. Il m’est tellement facile de dissimuler ma présence à toutes ses prunelles incapables de regarder plus loin que le bout de leur nez gelé. Jouant avec la lumière de ma mère, j’avance avec hâte, évitant le souffle des passants frigorifiés par le temps hivernal de la capitale anglaise. Westminster est, même à cette heure tardive, bien trop bruyant pour mes prières. Je me résous à chercher la quiétude quelque part, nulle part. L’abbaye n’est pas si loin, je n’ai que le pont à traverser pour la rejoindre. Ben se met à crier à la mort, trois interminables hurlements. Je hais cette gueularde qui ne cesse de me rappeler combien le temps m’est compté.

J’arrive rapidement en cet antre silencieux, religieux. Mon ouïe fine me résout à l’idée d’un clergé paisiblement endormi et aucun désespéré ne semble converser avec celui qui les a lâchement abandonnés. Ce sol saint, je fus, jadis, contraint de le lécher. La responsable de l’orphelinat misérable fricotait étrangement avec l’un des clercs. Trainé de force devant Dieu, je me souviendrai toujours de ces après-midi interminables à vouloir exorciser le démon prisonnier de ma chair me permettant de voir les paupières closes. Je préfère vous taire les détails bien que certains soient on ne peut plus croustillants. Bref, je dois à mon enfer passé ma connaissance des lieux.

Me laissant happer par l’odeur enivrante des cierges se consumant lentement, je me dirige vers la petite cache clause derrière l’autel. Si l’on compte un cierge par péché, il doit y en avoir une multitude. La cire versée pour la multitude. A croire que les péchés peuvent se consumer aussi aisément que la cire d’une abeille innocente. Mon corps drapé de noir se tapit au sein du confessionnal de l’abbaye, tournant une petite clé je m’y enferme promptement. Installé à la place d’un joug du seigneur, je passe mes doigts sur les parois entourant mon corps. Le bois finement travaillé ne semble laisser la lumière percer que par de toutes petites ouvertures, scellant ainsi mon identité.

Ma quiétude est brève et se termine alors que des pas retiennent mon attention. Une démarche franche, nullement inquiétée de briser le silence ambiant. Un désespéré ?
Je l’entends s’approcher de l’autel, baladant ses mains sur divers objets. Une étincelle brilla soudainement en mon être, mes prières nocturnes seront pour un temps prochain. Je donne un léger élan à mon point fermé dont la course se finit contre la paroi de mon âtre. Alors que le bruit résonne selon mes convenances, assez pour inquiété cet imposteur mais pas trop pour retirer du sommeil les endormis, je souris lorsque le grincement de la charnière de la seconde porte du confessionnal arrive jusqu’à mes tympans. L’ouverture, vacillante sous le choc de mon point, appelle en un cri perçant l’inconnu de ce soir.

Accoures me rejoindre, le seigneur t’accueillera à bras ouverts.
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MessageSujet: Re: -What a fine night...- (Underseer)   Mer 12 Jan - 21:49

Ce n’était dont pas le fruit de son intarissable imagination, un autre individu occupait dès lors les lieux. Ziggy glissa de nouveau Ashes à son dos silencieusement et s’approcha du confessionnal, lieu d’où provenait le vacarme tout en ne se gênant pas de torturer le marbre de ses lourds talons.
Petite seconde d’hésitation, excessivement réceptif le musicien ne pouvait ignorer la nature plus qu’étrange de la seconde aura. Qu’importe, le danger est fait pour être dompter n’est-ce pas ? L’existence serait bien fade si nous sachions ne serait-ce qu’une infime partie de notre avenir, jeu de hasard, le futur se tisse en roulette russe.
Stardust referma le verrou, s’installant prestement, rependant massivement l’ambre, attendant découler les mots du supposé homme d’église. Chose qui ne vint guère, et Ziggy s’autorisa à briser l’épais silence. Depuis son adolescence, sa voix était certes devenue bien plus grave mais comprenait encore cet accent cockney qui était devenu à lui seul, un trait entier de sa personne, chose qui le rendait étrangement reconnaissable.


-Mon père, j’ai péché. J’avouerais ma faute et réciterais les versets sacrés un nombre incalculable de fois, selon votre convenance.
Ainsi je subirai pénitence et les joncs de l’Eden me seront de nouveau accessible…


Cela pourrait passer pour le prologue banal de n’importe quelle confession. Cependant, ses phrases étaient maculées d’une insolence tout bonnement tangible.

-Quel principe hypocrite!

Petit ricanement sans la moindre once d’humour. Après cette querelle d’extrême violence au bar, l’héritier était tout sauf apaisé. Son cœur extrait à vif fut lynché à la vue de tous, le noyant dans la myriade imprévisible de ses souvenirs. La logique l’avait, ce soir, sournoisement quitté de manière indéniable.

-Je sais pertinemment que le Christ rejette les spectres.

Mépris et blasphème, voilà ce que lui inspirait la religion. Si les voies du seigneur sont impénétrables pourquoi laisserait t-il cette ville se consumer de la sorte ?
Serait-ce un châtiment similaire à celui de Sodome et Gomorrhe afin de montrer et prouver toute la corruption du peuple londonien ? Les églises se remplissent pourtant toujours autant, le désespoir s’infiltrant entre les veines de chaque fidèle. La prière ne sauvera personne pourtant le croire est devenu la seule salvation possible. Mais Ziggy n’était pas membre de cette catégorie.


-Voulez-vous connaître, une histoire bien folle ?

Le ton avait été presque susurré, chutant étrangement à un volume moindre.

-Je suis une volute mouvante et inconstante, un étranger à ce monde.
Jadis nous étions deux mais il a fallu que l’on me cisaille le cœur pour me hisser dans l’artère de la solitude.
Je porte encore le deuil de son âme ainsi que le secret de notre origine.
Tous les hommes de science qui se sont penchés sur mon cas se sont fait foudroyer par le rictus de la mort.
Votre sainte légion me prendrait aisément pour l’incarnation du démon. Comment pourrais-je croire un seul instant à la suprématie de votre roi ?


Fou, fou, il sombrait dans la démence paranoïaque se raccrochant de toute force au fil instable de l’existence, son corps se calcinant un peu plus à chaque seconde, le lui offrait guère d’accalmie. Ziggy avait abandonné toute hiérarchisation de ses pensées.
Peut-être commençait ainsi le désastre de la décomposition, ou peut-être était-ce seulement le fruit de son imaginaire de non-sens, qui sait ?
Quelque chose d’invraisemblable se trouvait de l’autre coté de la grille il en avait l’amère sensation. Une sensation qui ne le trompait jamais. Il aurait pu fuir, échapper à cette catacombe d’horreur, rentrer et oublier l’intégralité de cette soirée mais non, il ne cilla pas, paralysé. Il ressentait une symbiose incroyable avec cet autre esprit, voir même devinait une ressemblance palpable. Il connaissait cette âme écartelée… La certitude le brûlait.


-Votre karma crépusculaire prouve à lui seul que la nuit a jeté son dévolu sur votre personne…
Qui êtes-vous ?
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MessageSujet: Re: -What a fine night...- (Underseer)   Sam 19 Fév - 12:37

Long râle d’agonie que celui lâché par le gond que je viens de maltraiter, appelant tel le cri à la mort de la plus infâme des sirènes l’être venu briser ma quiétude et éveiller mon intérêt la guitare à la main. Toujours réceptif aux mouvements de mon inconnu(e), je reste tapi en mon antre prêt à me faire happer par les flammes de l’enfer pour le blasphème que je me plais à attiser en ce lieu sacré. N’ayant nullement besoin de tendre l’oreille, je suis le claquement des talons que cet individu ne semble pas vouloir étouffer alors que les battements de son cœur commencent à rythmer avec plus de conviction le silence pesant. Le silence, cet allié me permettant de discerner les bruissements les plus éloquents et les variations de comportement indétectables pour la plupart des êtres humains. Humain. Je ne me considère plus comme tel depuis fort longtemps, depuis cette fameuse nuit. Lorsque la lune m’a laissé entrevoir des bribes de ma propre genèse, j’ai alors saisi le monstre que je suis. La vie naissant du crime, la vie naissant d’un combat des plus fous et des plus acharnés condamnant l’avenir de ce monde à s’écrire en lettres de sang.

Comment peut-on être assez fou pour arpenter des voies impénétrables ?

Je ne saurais cacher l’once de surprise venant de surgir et s’emparer soudainement de mon être. Le confessionnal se met à exhaler un parfum des plus étranges, une odeur féminine et raffinée. Ayant passé la première partie de ma vie la tête dans les caniveaux à me délecter des restes du beau monde, je ne connais pas beaucoup ce registre olfactif. J’en perçois néanmoins toute la profondeur et la chaleur, le nom de ce cocktail de senteurs m’échappe. Je vogue ainsi dans l’inconnu, me laissant porter par ces volutes vers un voyage à travers mes souvenirs, aussi lointains que répugnants. La question de la venue d’une femme en ce lieu à une heure aussi tardive vient tout juste de traverser mes pensées, m’arrachant à mon douloureux flashback. Les trois coups de Big Ben passés depuis peu, cette femme n’a pas semblé hésiter bien longtemps avant de venir me rejoindre malgré le danger que je pourrais représenter. J’aimerai me dire que la confession n’a pas d’heure mais je ne peux que me résoudre à cette pensée naissante venant d’assiéger mes pensées. Une catin désireuse de palper le seigneur par le biais d’un prêtre ayant secrètement renoncé à l’abstinence. Allons bon, nombreux sont ceux à se laisser furtivement tenter par le péché de la chair… Ce n’est néanmoins pas le genre de femme que l’on trouve au détour d’une ruelle du Borough, j’en avais la quasi-certitude. Douce ironie que je m’accorde à moi-même, je me ferais un plaisir de montrer à cette jeune femme le véritable visage de Dieu. Quelle désillusion. Cette simple pensée suffit à étirer mes lippes disgracieuses.

Le silence brisé, la vérité m’est dévoilée.
Je me suis fourvoyé, mes sens pourtant aiguisés m’ont induit en erreur. Silencieux, je reste accablé par mon échec et me contente d’écouter cette voix des plus graves, nantie d’un accent que je n’aurais jamais suspecté. Quoi qu’il en soit, une verve bien masculine singulièrement rythmée par de graves consonnes, bien trop longues pour appartenir au sommet de la pyramide londonienne. Je dresse donc un second portrait de cet inconnu, diamétralement opposé, réalisant que ces paradoxes apparents ne peuvent être qu’artificiels, travaillés avec minutie.

Il entame sa confession dans les règles de l’art, usant de l’habituel mon père comme prélude à ses premières contritions. Au fil des mots, le ton devient de plus en plus effronté dont l’apogée macule sa dernière phrase : « Ainsi je subirai pénitence et les joncs de l’Eden me seront de nouveau accessibles… ». A mon grand étonnement, je me reconnais en ce ton dérangeant, cette perception peu partagée du pardon. Je m’accorde en effet le refus du pardon, l’entretient de cette haine circulant dans mes veines que je déverserai à l’issue de mon combat après avoir tenu en échec les jouets de mon démon créateur. Mais il me faut avant toute chose reconstruire mon âme tailladée de toute part, mon identité enfouie derrière un tissu de mensonge.

Une histoire s’en suivie, son histoire selon ses dires. Mon organe de vie manque de s’éteindre lorsque les mots prononcés arrivent jusqu’à mes ouïes. Alors que j’ai pensé en premier lieu tendre un piège des plus divertissants, je m’y laisse choir malgré moi. Je reste assis, m’enfermant dans le silence, réduisant ma respiration à des bruits inaudibles pour me gorger de ce passé qu’il me raconte en s’affranchissant de toute logique. Ces mots semblent m’être livrés comme ils arrivent, emmêlés et confus. Je ne sais véritablement pas trouver de concordance entre ses phrases et cela ne fait qu’augmenter mon malaise. Je me sens nu, dépourvu du masque que j’arbore depuis la fuite de mon enfer. Enfin il termine son récit. Je ne peux m’ôter du crane diverses pensées suffisantes à faire pointer derrière ma posture des plus calmes l’affolement. Ce masque de descendant lunaire, d’étranger à ce monde, je ne m’en suis pas séparé depuis une dizaine d’années. Il existe en ce bas monde bien peu de choses susceptibles de me plonger dans un état aussi incertain, il n’en persiste qu’une unique pour tout vous dire. Je ne suis pas inconnu aux prunelles cachées derrière ces mailles, il sait beaucoup de détails sur mon compte et connait mon putain de créateur. Restant malgré tout hasardeux, il ne fait qu’effleurer mes souvenirs. Il est néanmoins le premier à s'y engager sans débuter dans l'erreur.

Merde !
J’aurai préféré mieux organiser cette rencontre, l’organiser du début à la fin afin de laisser mon vis-à-vis se perdre dans l’étau de ma propre pièce sordide. Oui, j’aurai voulu jouer au dramaturge. Je reprends peu à peu mes esprits ne désirant pas me laisser embrouiller aussi facilement malgré son récit des plus inattendus. J’ignore jusqu’où il désire me trainer mais quoi qu’il en soit, je vais devoir me montrer à l’affut. Il est parvenu à faire ce que peu ont réussi. Me contenant, j’avance donc sur son terrain de jeu, usant de ma voix si singulière, étouffée derrière mon précieux masque, ma seule arme.


« Je discerne derrière vos mots une perception du pardon divin similaire à la mienne. Ni compassion, ni rémission, je ne pardonne pas, je tue. Bien loin de moi la piteuse pensée de ne pouvoir se remettre qu'à Dieu, agenouillé, les mains liées au niveau de la bouche dans l’espoir de contempler le reflet d’un miracle se dessiner sur nos paupières clauses, amputées de tout espoir. »

A vrai dire j’ignore s’il a enregistré ses premiers mots tellement le rendu m’a semblé brouillon. Sa dernière question sur mon identité me fit sourire, à quoi joue-t-il ? Il vient de me contraindre à me remémorer de douloureux souvenirs, remettre à nu des plaies que je n’ai pas totalement pansées. Attendant quelques peu, jouant avec son impatience, je rétorque enfin :

« Le démon dites-vous ? Vous m’avez pourtant l’air de vous ranger derrière le lainage d’un mouton bien docile. Nombreux sont ceux enclins à pousser le blasphème bien plus loin qu’en vidant la coupe de la bénédiction. Faire couler le sang sur ce sol sacré par exemple. Le meurtre du confessionnal... N’êtes-vous point sensible à la douce poésie que cela suggère ?»

Je me joue de lui comme il s’est joué de moi mais lui suis néanmoins attentif. Cet être me semble nanti d’un je ne sais quoi le différenciant du ramassis d’hommes mièvres jouant avec ce que d’autres font bien mieux qu’eux. Contrairement à lui, j'ai su me laver de l'accent trahissant mes origines. Je feins jusqu'au bout, ou presque.

Je me lève silencieusement de cet âtre, comme si je m’apprête à exécuter mes menaces maquillées. Je prends soin de faire claquer la porte avant de m’éloigner de quelques pas. Tournant le dos au confessionnal, je me dirige d’une démarche lente et fluide, guidé par l’odeur de la cire se consumant, vers le tapis de cierges. Malgré ma cécité, je perçois la profondeur impressionnante de l’abbaye royale aux dimensions démesurées donnant du mystique à cette rencontre que j’ai cru fortuite.
Toujours face à la kyrielle de petites flammes, je fais alors résonner ma voix d’outre tombe une troisième fois, utilisant un ton particulier qui, je suis sur, lui plaira.


« Vous me semblez bien perspicace pour n’être qu’un inconnu… Commencons par ce que je ne suis pas, je ne suis pas homme d’église. Marquant une petite pause, je souris suite à ma réplique témoignant de mon envie de me divertir. Je suis le reflet de la pleine lune sur la pourriture de cette ville. »

Il semble aimer les tournures imagées, je lui en offre donc une, reflétant néanmoins ce que je suis réellement.

Le parfum féminin de cet homme laisse place à celui de la cire, beaucoup moins agréable. Ce parfum, l’une des pièces visant à m’induire en erreur. Cette nuit, cet homme est venu à ma rencontre masqué lui aussi. Mais les masques ne sont jamais opaques. Je me noie soudainement, restant en apnée quelques secondes sous le choc. Je viens tout juste de me souvenir du nom de ce cocktail de senteurs des plus délicates.

Quoi de mieux pour teinter des prunelles d'un aveugle de la couleur de l’ambre que lui faire respirer son parfum ?

Ce parfum… Le salaud.

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MessageSujet: Re: -What a fine night...- (Underseer)   Sam 26 Mar - 19:32


Ses veines se réchauffaient, empoisonnées d’une substance inconnue. Ses songes devenaient plus lourds et opaques, dont la consistance écrasait ses facultés d’analyse. Stardust assumait, cela se produisait à chaque fois qu'il violait une conscience, cette crise secondaire était plus au moins soutenue selon les circonstances, mais en cet instant la paranoïa ne le quittait plus.
Cet homme était venu pour le tuer, n’appartenant nullement à l’église, volant ce travail à la vermine des bas-fonds rencontrée précédemment. Ou alors il était que rêverie poussée, être immatériel et fantasmagorique issue de la raison troublée du guitariste.


-Le pardon est création humaine, vague utopie d’un chantage douteux. Je ne m’accroche pas à cet espoir furtif, lorsqu’un jour meurt dans son écume rougeâtre, le second sera peut être pire. Ainsi va la vie.

*Je suis tombé dans un trou, une marre organique, visages exorbités et figés au dernier râle remontent en surface, je suis tombée et ce liquide gluant compresse ma gorge, il remonte doucement et s’infiltre dans mon crane, c’est glacé, vraiment, de la chaleur brûlante se dégagerait presque de ce givre extrême, mes sens hypertrophiés se brouillent, mon corps est engourdi, ma raison étrangère, pulsion de mort ?*

-Mon pauvre ami, ce n’est pas demain que j’arracherais stupidement les relents de mon âme, ce n’est pas un souci de conscience, elle est déjà perdue, avoir été témoin de la sinueuse mort me permet de canaliser ses stupides pulsions animales.

Cependant, la vue d’un corps froid ne m’émeut nullement, personne ne mérite salvation, moi le premier, la faux tranchante est insaisissable. Le démon est ce qu'ils voient en moi, intoxiqués de préjugés, je parle de l’amas de mouches à miel qui nous entoure, ils sont pourtant à milles lieux de connaître l’esquisse du sourire du diable, je serais véritable chérubin face à lui.

Le regard brûlant d’Alexis se dessinait clairement dans son esprit, ce vert putride, ce vert de domination, raclure immonde au charisme malsain et impressionnant. Mr Hargreaves il y a cela quelques années, enrobée de fausse affection et de cette odeur d’opium écœurante qui offrait plus d’un haut-le-cœur. Le discours de Ziggy était ponctué d’un vocabulaire riche et de structures de langages qui renforçait le paradoxe de sa nature.

Un accent cru, une langue complexe et riche, la contradiction était frappante. Le musicien ria quelques instants, avec une démence tangible, bien loin de la mélopée habituelle de sa voix casi-miraculeuse. Ce soir il était étranger à lui-même, les portes de l’aliénation ouvertes.
Ziggy riait, de sa propre existence, de la toile d’araignée dont il avait été prisonnier jadis, par les pattes souffreteuses d’un loup de macabre, puis se tut, avec une rapidité étrange.


Le bois grinçait. Attendait-il le froid de la lame de cet homme d’église ? Mourir ne l’affectait nullement, aucun tremblement, aucune peur, son indifférence agacerait les assassins, pantins corrompus, de cette haïssable organisation.

Ziggy sortit à son tour, toujours rythmé par l’impact singulier de ses talons, contemplant le spectre masqué. Ses cheveux d’un châtain fade et tellement banal face à l’ocre flambant qui caractérisait le musicien, tombaient en cascades plus ou moins lisses et ne semblaient pas pour autant soignés.
Sa tunique large, d’un bleu pétrole profond, où les cierges y miroitaient à la manière d’une mer agitée, cachait l’intégralité de sa silhouette. Et surtout…
Un masque chrome rappelant l’art vénitien, quel rance secret dissimulait t-il ? Un mutilé ?

Tout était plus limpide.


-Oui plus que le reflet désormais, pas davantage…

Un sourire malsain affichait le fil conducteur qui poussa le guitariste dans les limbes de la vérité. L’hypothèse devenait plus accrue à chaque seconde, fourbe et douloureuse.

-La Lune et l'Etoile, n’est-ce point le karma qui nous était jadis destiné, celui que nous avons arraché ?

Je ne crois pas aux fantômes, puisque nous en sommes nous même, mais j’ai toujours fermement pensé que tes membres furent projetés à la fureur des explosions. Explique-moi…

Je ne me plongerais pas dans ton subconscient, tu es sûrement la seule personne que je respecte encore, c’est pourtant ce que j’ai fait quelques heures plutôt.

Tu sais mieux que quiconque ce qu'il en résulte sur mon mental défaillant par la suite. J’aurais aimé ne pas être dans ce minable état.


A moins que tu ne sois le produit de mes hallucinations, Lloyd.
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